Articuler le domestique (extrait) in Autres, être sauvage de Rousseau à nos jours. Editions ESAAA. p.168-169
Récits, mythes, grognements
(...). Avec la pensée sauvage, les formes s'offrent à nous comme des concrétions narratives surgies sous la main de bricoleurs. tout cela est audible, il suffit de prêter l'oreille.
La Grosse Sublime, de la même façon, est une vraie machine à histoires : c'est une énorme boule de patafix pesant une douzaine de kilos, maquillée par une pluie de paillettes rougeoyantes. Cette Grosse est apparue lorsque Clôde Coulpier a acheté, pour une exposition dont le titre était "Presque rien" toute la patafix blanche d'Islande. Depuis, Clôde Coulpier l'emmène quasi partout avec lui, cette Grosse, comme il la nomme, mi-piteux, mi-amoureux. Elle est présente dans ses expositions, dans son appartement. C'est à la fois un animal de compagnie, une amante, une présence abstraite et fidèle, et bien-sûr une ressource inépuisable de patafix. Ici, à Annecy, elle est sublime - comme cela lui arrive régulièrement, lorsque Fanette Muxart s'occupe de l'apprêter et la recouvre de paillettes de la couleur du sol. Et cette grosse sublime semble alors maquillée pour aller danser, pour fêter l'occasion; à moins que ce ne soit pour se cacher, disparaître comme un caméléon dans le rouge brique dans lequel elle repose.
Une simple boule donc, galet échoué, météorite molle, mais sa présence non domestiquée ("...en vue d'obtenir un rendement" écrit Lévi-Strauss, cf. note 4) est une véritable matrice narrative - peu importe que les histoires qu'elle raconte se passe en Islande comme dans un conte étiologique, ou qu'elles aient à voir avec des bureaux très commun
d'une administration, là où la patafix colle les A4 aux murs. (...).
Stéphane Sauzedde